Qu’il soit visible ou invisible, intellectuel, moteur ou sensoriel, la survenue d’un handicap dans la vie d’une personne est toujours une épreuve difficile avec des impacts psychologiques importants. De nombreuses personnes en situation de handicap se sont un jour demandé : pourquoi moi? Qu’ai-je fait pour mériter cela? Que vais-je devenir? Suis-je encore aimable? Une série de questions inévitables qui peuvent être perçues comme des rites de passage vers une nouvelle vie.

En effet, l’émergence d’un handicap oblige la personne atteinte à faire le deuil de sa vie passée pour réussir à construire son futur avec les contraintes liées à sa nouvelle situation.

Le processus de deuil comme concept

Défini et conceptualisé, en premier lieu, par Sigmund Freud au début du XXe siècle, le processus de deuil est un travail psychique qui consiste à accepter la perte de l’objet investi tout en protégeant son Moi pour le conduire à retrouver sa liberté et qu’il puisse ensuite réussir à réinvestir un nouvel objet de manière satisfaisante.

Pour rendre cette définition plus intelligible dans le cadre de la survenue d’un handicap, le modèle des 5 phases du processus de deuil de la psychiatre Kübler-Ross est l’approche que nous avons choisie puisque celle-ci a été élaborée pour expliquer le processus psychique à l’œuvre pour des personnes en soins palliatifs. L’idée n’est pas, ici, d’assimiler l’apparition d’un handicap à une personne qui doit accepter sa mort imminente, mais d’expliquer les similitudes des mécanismes psychiques qui se jouent dans ces deux situations.

Ci-dessous, les 5 phases du processus de deuil sont reprises et expliquées sous l’angle de l’émergence d’un handicap.

Phase 1 : le déni

L’annonce d’un handicap, d’une maladie chronique ou d’une déficience provoque un choc émotionnel chez la personne atteinte. Cette annonce inattendue touche l’image de soi de la personne. Le déni est un mécanisme de défense qui permet à la personne en situation de handicap de faire face à cette nouvelle insurmontable. Difficile, voir impossible, de réaliser et de comprendre que sa vie passée ne sera plus jamais la même : refus du diagnostic, du traitement ou d’un accompagnement psychologique sont courants pendant cette phase.

Le personnel médical est de plus en plus formé à l’annonce du handicap pour que celle-ci soit la moins traumatisante possible même si la phase de sidération reste inéluctable.

Phase 2 : la colère

Lors de cette phase, la personne exprime de la colère face à la survenue de son handicap qu’elle vit comme une injustice. La recherche de sens marque cette phase qui peut voir se manifester les questions du genre : pourquoi moi? Qu’ai-je fait pour mériter cela? Cette phase peut être très longue : la recherche d’un coupable comme la culpabilité sont courantes lors de cette étape.

Phase 3 : la négociation

Pendant cette phase, la personne porteuse du handicap va devenir proactive dans la prise en charge de sa pathologie dans l’intime espoir de retrouver son état de santé antérieur. Suivi rigoureux du protocole médical, prise des traitements sans oubli et consultation des différents spécialistes conseillés sont courants lors de cette étape.

Phase 4 : la dépression

La prise de conscience de la personne en situation de handicap qu’elle ne pourra pas retrouver son état sans déficience fait sombrer le sujet dans une profonde tristesse. Cette phase de renoncement est une étape douloureuse, mais nécessaire dans le processus de deuil. La survenue d’un handicap est une épreuve implacable qui nécessite un accompagnement et un soutien psychologique de la part des proches et des professionnels de santé.

Phase 5 : l’acceptation

C’est la dernière étape du processus qui permet à la personne en situation de handicap d’accepter la perte de l’objet. La personne doit accepter sa nouvelle condition en renonçant à son état de santé antérieur. Il s’agit d’une étape de reconstruction, de renouveau. Au lieu de se focaliser sur des éléments négatifs, la personne en situation de handicap accepte la réalité et découvre les opportunités liées à la survenue du handicap. De nouveaux projets, des aménagements drastiques du mode de vie sont couramment à l’œuvre durant cette étape.

À propos de son modèle théorique, la psychiatre Kübler-Ross explique que les différentes phases ne sont pas forcément successives, ni toutes présentes; des allers-retours sont possibles et elles peuvent se chevaucher.

Le processus de deuil est un travail psychique nécessaire lors de la survenue d’un handicap. Il décrit les mécanismes psychiques à l’œuvre lors de cette période difficile. De plus, ce processus permet de conduire à la résilience : un avenir dans lequel la personne retrouve un équilibre et se projette avec son handicap.

Dans les processus de deuil les plus réussis, les personnes en situation de handicap parviennent à faire du handicap une véritable force qui va les conduire à mener des projets dont elles ne se seraient pas senties capables auparavant : changer d’emploi, déménager pour découvrir de nouveaux horizons, parcourir le monde…

Ne subissez plus votre handicap! Faites-en une force!