Quatre médicaments anti-Alzheimer, coûtant annuellement 90 millions d’euros au système de santé français, ne feront plus l’objet d’un remboursement. Les autorités sanitaires ont pris cette décision en vue d’empêcher la prescription de ces médicaments qui occasionnent des effets secondaires néfastes, comme des fractures et une fragilisation des os. Le ministère de la Santé indique toutefois que les économies réalisées sur Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl ainsi que leurs génériques seront intégralement investis dans l’amélioration de la prise en charge de la maladie d’Alzheimer.

Des médicaments anti-Alzheimer décriés depuis plus de 10 ans

Dans la ligne de mire des autorités sanitaires française depuis plus d’une dizaine d’année, ces médicaments avaient échappé au déremboursement sous la gouvernance de l’ex-ministre de la Santé, Marisol Touraine. Ils ont finalement été pris dans les filets d’Agnès Buzyn, actuellement ministre de la santé d’Emmanuel Macron. Depuis le mercredi 1er août, Aricept, Ebixa, Exelon, Reminyl, quatre médicaments anti-Alzheimer et leurs versions génériques cesseront d’être remboursés par l’assurance maladie.

Annoncée fin mai par l’actuel ministre de la Santé, la décision a été finalement confirmée par un décret publié le 1er juin dans le Journal officiel, permettant à la sécurité sociale de réaliser une économie significative. En 2015, la caisse de sécurité sociale avait dû débourser 90,3 millions d’euros, à titre de remboursement pour ces 4 spécialités pharmaceutiques. La ministre de la santé a toutefois pris soin de préciser que la décision n’était pas motivée par des questions financière.

Certains médicaments anti-Alzheimer ne sont plus remboursés

Certains médicaments anti-Alzheimer ne sont plus remboursés depuis le 1er août 2018

Une décision motivée par des raisons purement médicale

Le 1er juin Agnès Buzyn avait déclaré sur les ondes d’Europe 1 qu’il s’agissait d’une décision purement médicale. Elle a indiqué que ces médicaments anti-Alzheimer avaient été évalués 2 fois, et que dans les deux cas, les experts de la Haute autorité de la santé avaient conclu qu’ils étaient plus nocifs que bénéfiques pour les patients.

A la question de savoir comment ces remèdes aujourd’hui dénoncé par le Ministère de la Santé avaient pu obtenir l’agrément de l’ANSM quelques années auparavant, elle a répondu qu’au moment de leur agrément en France en 1997, ces médicaments anti-Alzheimer constituaient un immense espoir pour les malades, qui étaient complètement démunis face à cette maladie qui cible la mémoire.

Ces molécules, faut-il le rappeler, n’avaient pas pour but de guérir le mal, mais de simplement freiner la progression des symptômes. Quelques années après leur introduction dans l’Hexagone, des doutes avaient commencé à surgir en ce qui concerne leur efficacité.

En 2011, la Haute Autorité de la santé (HAS), organisme public indépendant chargé de l’évaluation des médicaments, avait analysé le rapport risque/bénéfice de ces spécialités médicales. Les experts de cette structure avaient conclu que les bénéfices étaient modestes, par rapport aux effets indésirables et aux interactions avec d’autres médicaments.

Les experts de la HAS avaient notamment insisté sur les troubles neuropsychiatriques, digestifs et cardiovasculaires. Comme conséquence à cette première évaluation, le taux de remboursement était passé de 65 à 15%.

Cinq ans plus tard, l’évaluation de la Haute autorité de la santé s’était montrée encore plus sévère. Les experts de cette structure avaient affirmé que ces médicaments anti-Alzheimer n’avaient pas leur place dans une stratégie thérapeutique. Cependant, la ministre de l’époque, Marisol Touraine n’avait pas souhaité suivre cette recommandation.

Une décision ouvertement critiquée

C’est donc Agnès Buzyn, entre temps passée par la présidence de la HAS, qui a finalement franchi le pas, mais la décision est loin de faire l’unanimité. Cette décision est ouvertement critiquée par les familles mais aussi par certains professionnels de la santé.

Selon Serge Bakchine, professeur de neurologie à l’hôpital universitaire de Reims, le niveau d’efficacité de ces médicaments est peut-être faible, mais il est loin d’être nul. Selon lui, la littérature scientifique et l’analyse effectuée divergent grandement, en ce qui concerne la dangerosité de ces médicaments. La mesure ne se justifierait pas et ne reposerait sur aucun fondement scientifique.

Déterminées à se faire entendre, l’association France Alzheimer et plusieurs autres groupements de la société civile ont saisi le Conseil d’État le 27 juillet en vue d’annuler cette mesure. La ministre de la santé a cependant promis que tout l’argent économisé sera entièrement réorienté vers la prise en charge des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Selon elle, il n’y aura pas d’économie sur le dos des malades, l’important étant que les patients soient bien accompagnés.

La maladie d'Alzheimer est un fléau

La maladie d’Alzheimer demeure un fléau

Maladie d’Alzheimer, encore mal connue

Les mécanismes de la maladie étant encore mal compris, aucun traitement curatif n’est encore disponible. De nombreux essais n’ont pas abouti et certains grands noms de la recherche pharmaceutiques ont même jeté l’éponge, par manque de résultats.

Neurodégénérative chronique, la maladie d’Alzheimer commence lentement et s’aggrave avec le temps. Elle est la cause de 60 à 70% des cas de démence. En 2015, la France comptait environ 850 000 patients de cette maladie qui se développe rapidement en raison du vieillissement de la population. Ce nombre devrait doubler d’ici 2030 et tripler d’ici 2050, si aucun traitement efficace n’est découvert dans les années à venir.

Sources :

https://www.connexionfrance.com/French-news/Alzheimer-drugs-Aricept-Ebixa-Exelon-Reminyl-will-no-longer-be-reimbursed-in-France

https://medkit.info/2018/08/01/drugs-anti-alzheimers-are-no-longer-reimbursed-since-this-wednesday/

https://www.archyworldys.com/we-explain-to-you-why-anti-alzheimer-drugs-are-being-reimbursed/

https://en.wikipedia.org/wiki/Alzheimer%27s_disease